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Les formateurs de FONCTION2 sont heureux de vous offrir cet espace de réflexion et d'échanges. Chaque mois, nos experts traiteront d'un thème dédié à l'efficacité professionnelle dans l'environnement de travail des Managers et de leurs équipes. Vous pouvez nous contacter et réagir à nos posts, nous ne manquerons pas de répondre de façon personnalisée à chacune de vos questions.

L'équipe éditoriale

Laïcité – Entreprises & diversité religieuse

Écrit par Xavier CAUMON le . Publié dans blog des managers

Définition de la laïcité :

Conception et organisation de la société fondée sur la séparation de l'Église et de l'État et qui exclut les Églises de l'exercice de tout pouvoir politique ou administratif, et, en particulier, de l'organisation de l'enseignement.

Le principe de la laïcité de l'État est posé par l'article 1er de la Constitution française de 1958.

« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »

La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu'aux responsabilités professionnelles et sociales.

Caractère de ce qui est laïque, indépendant des conceptions religieuses ou partisanes.

La laïcité est un concept, qui est devenu une valeur fondatrice du bien vivre ensemble dans la république Française. Chacun peut croire ce qu’il veut tant qu’il n’importune pas les autres avec sa croyance. De même le service public se doit d’accueillir toute personne avec la même attention, mais ne doit en aucun cas se structurer pour répondre aux attentes spécifiques de chacune des religions. Par exemple : un hôpital n’a pas à concevoir un accueil spécifique, ni des repas spécifiques tenant compte des divers préceptes religieux de ses patients.

 

Sur les 28 pays de la communauté européenne seuls 3 sont laïcs : France – Italie – Portugal. Les autres pays intègrent le fait religieux dans les principes de gestion du pays (par exemple : une partie de l’impôt prélevé par l’état peut financer le fonctionnement des institutions religieuses).

La laïcité est loin d’être un concept universel et, pour le dirigeant d’un groupe international, cette question de cohabitation des différentes religions ou communautés se pose différemment dans chaque pays. Il sera utile de définir une « Charte de la diversité religieuse et culturelle » qui précise les règles internes au groupe ainsi que les ajustements locaux en fonction des pays.

 

Corolaires :

 

Le fait religieux ne doit pas connoter les relations publiques entre personnes ou entre personnes et institutions.

Les règles principales pour les entreprises sont :

-        -  Pour l’entreprise :

  • Pas de discrimination à l’embauche du fait d’une appartenance religieuse ou communautaire
  • La loi « Informatique et libertés » interdit de noter dans les fichiers du personnel (et dans tout fichier professionnel) la notion d’appartenance religieuse ou communautaire

-         - Pour les collaborateurs ou agents :

  • Pas d’affichage extérieur d’une appartenance religieuse ni communautaire
  • Pas de prosélytisme dans le cadre de l’entreprise ou du service public

Un peu d’histoire

 

La laïcité (à la française) est un concept issu de l’histoire de la lutte entre les libres penseurs de l’époque des lumières (18ième siècle) et la religion dominante (le Christianisme et principalement l’Eglise Catholique Romaine).

Rappelons que l’ancien régime, royaliste, basé sur un principe de féodalité (ensemble d’institutions fondé sur les liens privés de dépendance entre un seigneur et son vassal et sur le lien matériel qu’est le fief accordé par le seigneur à son vassal), a utilisé la religion pour se donner une légitimité « de droit divin » et assoir son pouvoir absolu sur le peuple. De son côté, la religion dominante, a assuré son développement, sa cohérence interne et sa pérennité en s’appuyant sur la féodalité : le peuple adopte la croyance de son seigneur et le seigneur est légitimé par la structure religieuse. Dans les grandes familles de l’état féodal, l’ainé détient le pouvoir séculier (celui de l’état), le cadet s’engage dans la religion et détient le pouvoir régulier (celui de l’esprit). Cette consanguinité entre religion et état a été brisée par la révolution française de 1789. La réalité de la séparation de l’état et de la religion n’a été finalisée qu’en 1905 par la loi de « Séparation de l’Eglise et de l’Etat » consacrant le principe de la laïcité comme fondateur de la république.

Il faut aussi se rappeler que, dans la France de l’ancien régime, seule la structure religieuse était porteuse de l’état civil (par les registres de baptême, de mariage et d’enterrement). Seule la structure religieuse était porteuse de l’instruction des enfants (écoles religieuses). Ce n’est qu’avec Jules Ferry que l’école de la république se développe (1880).

 

Il faut donc considérer que la laïcité est un concept évolutif qui a émergé de la lutte entre la libre pensée et une religion dominante, le Christianisme.

 

Notons tout de suite une caractéristique importante du Christianisme :

 

-        -  Le Christianisme primitif s’est construit en opposition aux règles strictes du Judaïsme, voir l’opposition entre Paul et Pierre dans les actes des apôtres. Paul s’oppose aux prescriptions de la circoncision ainsi qu’aux prescriptions alimentaires issues du judaïsme.

-        -  Le Judaïsme, comme l’Islam est une religion qui prescrit les comportements autant privés que publics de ses adeptes.

Il est donc assez facile de dire à un chrétien, faiblement contraint par sa religion, de garder le fait religieux dans son cœur et de ne pas en faire étalage dans l’espace public. Facile, certes, la lutte a tout de même duré plus d’un siècle et demi pour que la laïcité soit pleinement acceptée en France.

Une France quasiment monoculturale. En effet les valeurs humanistes de la révolution française sont les filles des valeurs chrétiennes.

 

L’opposition Cœur et Raison

 

L’humanisme est le fait de mettre l’Humain au centre de sa conception du monde, alors que les religions monothéistes mettent Dieu au centre de leurs conceptions du monde.

C’est une démarche de raison pure qui conduit l’Homme à libérer sa pensée de la « prison » dogmatique. Penser par soi-même plutôt que limiter sa pensée dans le cadre de la foi héritée d’une tradition. Ce progrès rationnel est un pas important dans le chemin d’individuation (voir C.G. Jung), c’est-à-dire de réalisation personnelle de l’individu.

Le religieux, lui, va opposer, à cette démarche de raison pure, l’expérience intime d’une relation à l’Esprit, symbolisée par la vie du cœur. Il existe de nombreux textes dans la Bible (ex : La vallée aux ossements desséchés Ezéchiel 37) ou d’autres livres sacrés montrant l’état de désespérance dans lequel la raison pure, asséchée, dévitalisée par l’absence de cette relation à la transcendance, conduit l’être humain.

Il est clair que pour les tenants d’une intégration du religieux au social, cet élément religieux ou communautaire (religion + ethnie d’origine) est tellement identitaire, que leur demander brutalement de le nier ou de ne pas l’exprimer conformément à leur tradition familiale est une blessure profonde.

Chacun se positionnera personnellement dans ce débat en fonction de son expérience personnelle. Et, je pense que l’on peut comprendre les tiraillements ou les incompréhensions entre les tenants du cœur et ceux de la raison. Certains trouvent peut-être une voie de conciliation dans cette apparence de dualité.

 

La laïcité au 21ième siècle

 

Notre siècle de liberté de pensée, d’ouverture aux cultures et de valorisation de la diversité des cultures sur le globe, voit se rassembler sur les mêmes espaces géographiques des populations de cultures, de religions et d’histoires différentes. Différence d’histoire politique et différence d’histoire de la pensée se conjuguent pour mettre en exergue les oppositions ou incompréhensions.

C’est cette histoire de la pensée que la tradition républicaine nous a appris à respecter. Les peuples ne sont plus primitifs, mais premiers. Les pays dits du tiers monde ne sont plus des colonies à exploiter mais des partenaires dignes de respect.

Nous accueillons donc des personnes différentes sur nos territoires. Un grand nombre de ces personnes différentes sont maintenant des français. Le « nous » se doit d’être inclusif. Leur nombre augmente. Leurs traditions deviennent visibles.

Il est clair que les 1% ou 1,5% de la population française appartenant à la communauté israélite (ancrés depuis longtemps dans la culture nationale) ne dérangent pas la culture laïque par leurs pratiques, (d’autant plus qu’ils ont participés en tant qu’acteurs majeurs à la conception de la laïcité). Alors que les 10% ou 15% de musulmans nouvellement intégrés dans la communauté nationale et dont l’histoire religieuse et philosophique est tellement différente de la souche culturelle nationale heurtent et sont heurtés par ce concept de laïcité, sur lequel l’école n’a peut-être pas apporté toute la pédagogie nécessaire. Et qui, de toute façon est difficile à intégrer, puisque le produit d’un processus historique de luttes.

La laïcité est la règle de la république monoculturale. Et c’est la loi française, issue de l’histoire de la France et de ses populations.

 

Notre question au 21ième siècle est :

Quelle laïcité, quelles règles du bien vivre ensemble faut-il définir dans une société multiculturelle ?

 

L’entreprise multiculturelle

 

Ce que nous sommes obligés de prendre en compte, en tant que Dirigeants dans un monde multiculturel :

-         -  Nous avons la responsabilité de poser un cadre cohérent du bien vivre ensemble :

  • Ce qui se fait
  • Ce qui ne se fait pas

-         -  Nous nous devons de respecter et de faire respecter les lois de chaque payas dans lequel notre entreprise a des implantations.

-         -   Nous devons agir sur les situations « hors norme » dans une attitude de Responsabilité Sociale.

 

En France, la première attitude doit être celle du respect de la loi :

 

-        -  Pas d’expression du fait religieux dans l’entreprise

-        -  Pas de discrimination à l’embauche ni dans la gestion de la carrière

 

Viennent ensuite les situations d’exception :

 

-          - Un collaborateur ou agent déroge à la règle :

  • Mobiliser et soutenir le manager de proximité pour qu’il rappelle et fasse appliquer la règle
  • Intervenir si besoin pour donner du sens
  • Sanctionner si nécessaire

-          - Un groupe de collaborateurs a dérogé à la règle, depuis longtemps :

  • La pratique non conforme s’est installée :
    • Ablutions dans les toilettes
    • Installation de lieux de cultes dans une salle
    • Embauche communautaire
    • Etc…
  • Là nous sommes face à une difficulté importante, car l’action du manager de proximité ne s’est pas faite. Peut-être appartient-il à la même communauté et ne peut-il agir sans être rejeté :
    • Je proposerai dans un autre article la déclinaison managériale du modèle de Clare Graves qui permet de gérer ces situations dans une stratégie managériale long terme.
    • Cette dynamique managériale va proposer d’accepter le fait communautaire ou religieux (principe de réalité, ne pas nier ce qui est) :
      • proposer un axe de négociation autour des pratiques :
        • Identification des leaders communautaires et religieux
        • Formulation de :
          • ce qui ne peut être accepté dans le cadre de l’entreprise
          • ce qui peut être accepté avec les moyens pour le faire dans de bonnes conditions
          • les contreparties fournies par la communauté pour contribuer au développement de la performance et du rayonnement de l’entreprise
          • pour très progressivement faire évoluer individuellement les personnes et optimiser l’impact communautaire ou religieux sur la gouvernance et la performance de l’entreprise.

Conclusion

 

Gérer une entreprise dans un monde multiculturel demande :

 

-          - une vision stratégique dans la gestion du capital humain

-          - une exigence opérationnelle forte

-         -  une ouverture à la diversité

Gardons en tête le principe fondamental de l’accompagnement du changement :

« Rappeler la règle, puis se synchroniser pour conduire. »